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Au lendemain du Festival d'Essaouira en 2006, quatre grands
maâlems (maîtres) aux routes normalement séparées, ont
croisé leur art, leur chant et leur imaginaire dans
l’intimité d’une maison de Tamesloht, au Sud de Marrakech,
objet d’un album en janvier 2007. Le lieu n'était certes pas
neutre : ce village accueille chaque année le plus grand
pèlerinage de la confrérie. Entre thérapie et musique, les «
Gnawa » dont le nom vient de l’ancien nom de « Guinée »,
descendants d’esclaves venus d'Afrique noire, implantés au
Maghreb à partir du 17ème, poursuivent -tout en attestant de
la grandeur d'Allah- leurs liaisons avec les Djinns, les
esprits. Ils sont des passeurs. Religion -ou plutôt
spiritualité- et musique, ne sont ni des devoirs ni des
finalités : leur pratique vise au ciment d'une communauté
tournée vers les dieux, dans la considération et le respect
de l'individu. Musiciens-médecins de nuit, ils appellent
esprits ancestraux d’Afrique, saints de l’Islam populaire et
une cohorte de personnages légendaires et bigarrés, à
soigner et à préserver l’équilibre d’un monde fragile. A
l’instar de ses pendants tunisien (stambali) et algérien (diwène),
la musique des Gnawa du Maroc s’inscrit au plus profond de
la tradition musicale afro-maghrébine et constitue l’un des
éléments les plus représentatifs du patrimoine musical
traditionnel. Elle est le produit d’un métissage artistique
et aussi d’un syncrétisme magico-mystique.
Quête passionnante, Gnawa Home Songs associe grands maîtres
et prometteurs adeptes, livre un témoignage, entre
ornementations vocales haut perchées, prières syncopées et
confidences voilées. Gnawa Home Songs fait un sort aux
apparences trompeuses. Il n'existe pas un « son gnawa »
uniforme. Ici, les meilleurs interprètes du Maroc font
partager leurs chants intimistes, ceux qui rythment les
travaux et les jours, et non ceux, plus spectaculaires et
plus médiatisés, qui rythment les transes, très à la mode
ces dernières années. Pas de grosses qraqrebs -crotales
métalliques-, les tambours se taisent… Place au chant
profond du maâlem, au son dansant mais impérieux du guembri,
qui n'a jamais semblé aussi proche de celui des grands
contrebassistes du jazz. Rythme lancinant et ténu, une forme
de blues nu et incantatoire, universel, aux réminiscences
africaines…références mythiques, symboliques, plus que
musicales ou même linguistiques. L’espace rythmique est
réservé et gracieux ; une parfaite harmonie, minimaliste et
quasi subliminale.
Formation :
Hassan Boussou : voix – guembri
Hamid Kasri : chant – guembri
Abdelkebir Merchane : chant – guembri
Abdelkader Amlil : chant – guembri
Disciples : chant, danse, percussion : Nabil Katane, Idriss
Aïdar, Rahil Smaïl, Rahil Abdessadik
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HOMMAGE du 10e festival Gnawa d’ESSAOUIRA à H’mida Boussou
Le 17 février 2007, à l’âge de 68ans, décédait le grand
maâlem gnaoui H’mida Boussou.
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Au sein de la confrérie des Gnaoua de Casablanca et du Maroc
en général, il était un emblème.
Sacré maâlem à l’âge de 16 ans, il rencontre en 1962 le
maâlem Sam, alors au sommet de son art.
Les deux hommes s’entendent parfaitement et leur duo fait
sensation.
Six ans après, ils se séparent et Boussou forme son groupe,
avec lequel il se produira à travers le monde. Dans les
années 90, H’mida Boussou fût l’un des premiers maîtres à
participer en France à des lilas traditionnelles dans le
cadre des recherches de nombreux anthropologues tels Viviana
Paques, Bertrand Hell ou Antonio Baldassaré.
La journaliste Eliane Azoulay lui consacre en 1998 à
l’occasion du 1er Festival de la Culture des Gnaoua un
documentaire de 52 minutes diffusé sur les chaînes de
télévision M6 et Arte (*).
Boussou avait également contribué au projet de Randy Weston
“Rythms of the seven colours”.
Au cours de ces dernières années, il était devenu le maître
incontesté, l’aîné de la confrérie, le gardien du temple.
Cette icône de la musique Gnaoua avait répondu présent à
chacune des éditions du Festival Gnaoua et Musiques du Monde
d’Essaouira depuis sa création en 1998, et on se souviendra
longtemps de son dernier concert donné devant un public de
plus de 25 000 personnes le jeudi 22 juin 2006, sur la scène
Moulay Hassan en formation traditionnelle.
Le disque acoustique “Gnawa Home Songs”, dernier
enregistrement musical auquel H’mida Boussou a participé,
résonne également aujourd’hui comme un dernier hommage de
ses frères Gnaoua.
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