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A l’origine, le terme Rbaibya désignait les formations
féminines qui pratiquaient dans les zaouias (oratoires
religieux) une forme de liturgie populaire consacrée au
culte des saints. Ces chants de dévotion étaient accompagnés
de percussions et d’un joueur de rbeb (instrument à cordes
frottées) d’où l’appellation de Rbaibya. Au fil du temps, le
violon puis le mezoued, instrument à vent de la famille des
cornemuses, se sont substitués à l’ancestral rbeb, les
formations se sont petit à petit masculinisées, et la
pratique musicale s’est largement diffusée, y compris au
sein de la communauté juive de Tunis pour accompagner
certains rituels. Quand Mustapha Ben Romdhan part à Paris en
1968, c’est aux côtés de musiciens juifs Tunisiens installés
en France (Raoul Journou, Maurice Mimoun, Joseph Berrebi ou
encore Lalo Kahlaoui) qu’il enregistre chez Donia la Silsila
des Rbaibya. La « silsila » (arabe pour chaîne) est un
enchaînement de chants dévotionnels appelés noueb, chacun
exécuté dans un mode différent. Né en 1941, Mustapha Ben
Romdhan avait commencé très tôt à pratiquer les percussions
darbouka et bendir (en forme de grand tambourin), avant
d’apprendre l’art du mezoued auprès des grands maîtres de
l’époque, dont Chedli Hammas dit El-M’dellel.
De retour en Tunisie en 1974, il n’a pas cessé depuis de
cultiver le répertoire des Rbaibya, dont il est aujourd’hui
l’un des derniers détenteurs dans le paysage musical
populaire tunisien.
Formation :
Mustapha Ben Romdhan : mezoued
Karim Outimi : chqacheq & voix
Jalel Chaouchi & Abdulaziz Jlassi : percussion (darbouka et
bendir)
Choeur:
Salim Ahmed
Fakhri El Hableli
Mustapha Ben Harb
Houda et Hajer Ben Abdallah
Adel Majid Gabsi
Programme :
Istifteh (prélude)/Rayes Labhar/Tatriz (improvisations) sur
el-Jilani/Lella el-Arbya/Ajmi/Bou Saadia/Ali el-Hattab/Om
Ezzine/Aghrebi/Addela/Qafla (finale) instrumental : Mkhammes,
Zagari, Saadaoui, Samalous)
Les instruments :
Le Bendir :
Percussion en forme de grand tambourin d'environ 60
centimètres de diamètre et recouvert d'une peau de chèvre.
On le trouve au Moyen-Orient et au Maghreb. Pour une
meilleure résonance, certains bendirs ont des petits fils
tissés à l'intérieur. Le son du bendir est plutot clair et
proche du tambourin.
Selon les régions on peut retrouver le bendir doté d'un
timbre qui lui donnera un son bourdonnant ou encore de
cymbalettes en cuivre sur le pourtour du cadre. Ces
dernières créent des sons métalliques aigus enrichissant
ainsi la palette sonore du bendir qui est un instrument
produisant surtout des basses généreuses.
Le Mezoued :
Instrument à vent constitué d'une peau de chèvre ou de
chevreau, de deux pavillons en corne et de deux d'un
chalumeau double en roseau décoré au feu et équipé de cinq
trous. Elle peut être comparée à une cornemuse, d'une
longueur totale de 64 cm, répandue en Tunisie mais aussi
utilisé en Algérie et en Libye. Pour jouer du mezoued, le
musicien place la poche en peau sous le bras et s'en sert
comme d'un soufflet. Il se joue généralement accompagné du
bendir, du tbal et de la darbouka (percussions).
Par métonymie, le mezoued a donné son nom à une forme de la
musique populaire tunisienne. Le mezoued est longtemps resté
ignoré des instances culturelles officielles qui
valorisaient les formes de musique arabe classique. Cette
forme musicale, où l'instrumental domine, est accompagnée
des paroles d'un chanteur exprimées en tunisien (et non en
arabe comme dans les formes classiques de musique) et
souvent accompagné d'un chœur masculin ou féminin. Le
mezoued s’est diffusé dans la culture urbaine des couches
défavorisées et déracinées par l'exode rural. Il s'inscrit
volontiers contre les codes de la bienséance en adoptant un
langage argotique et en traitant de thèmes provocateurs
voire grivois. Au début des années 1990, la fresque musicale
et chorégraphique Ennouba mise en scène par Fadhel Jaziri et
Samir Aghrebi entreprend de le réhabiliter en l'incluant
dans le patrimoine musical tunisien. Dans le même temps, le
mezoued est de plus en plus incorporé au répertoire des plus
grands chanteurs. En apparaissant comme une forme
spécifiquement tunisienne, il regagne une vraie place
musicale.
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